Ravaillac de la Cinquième
Par Yohann Abiven • 17 mai, 2008 • Catégorie: Instants détachés •
Pensons un peu… Le parti socialiste a sur le feu une modification de ses statuts. C’est une bonne idée assurément, même si la prudence et la parcimonie de la réforme ne laissent pas de surprendre au moment même où les camarades considèrent le projet de révision des statuts de le France trop timide. Deux propositions d’amendement en disent long sur le triste état de notre démocratie et rassurent, au fond, sur la santé socialiste. Les militants décideront le 29 mai prochain s’il faut rompre avec la monotonie triennale des congrès et s’il convient de faire que le conseil national du parti ressemble davantage à une chambre délibérative et moins à la caisse de résonance des éléphants médiatiques. La seconde proposition fait directement écho à la mémoire parlementaires des disciples de Jaurès, de précieux antécédents qui ont rivé le socialisme à la République et donc à la réforme, plus qu’à la révolution. La première, en revanche, est grosse des ambiguïtés qui traversent le parti socialiste sous la Cinquième République. La difficulté avec des congrès tous les trois ans, c’est juste que cela heurte un autre calendrier, redoutable et obligé : celui, quinquennal, de l’élection présidentielle. Bref, il fallait mettre le parti socialiste au diapason de la présidentialisation accentuée du régime. Et l’idée de rassembler le congrès tous les cinq ans, dans l’année qui précède la désignation du candidat socialiste à la course présidentielle, étant entendu que cette désignation devra intervenir dans les trois moins à l’issue de ladite réunion du congrès, révèle tout simplement une tentative de concilier la culture du débat et celle de la volonté incarnée. Bonne nouvelle, car au moins une formation politique tente de retarder son avènement vers ce que les spécialistes de la science politique appellent des “catch all parties“, des partis attrape-tout, des entreprises non idéologisées de sélection du meilleur des chefs. L’UMP, par exemple, est plus avancée sur cette voie, et certains en son sein sont en train de se réveiller du coma de l’unanimisme sarkozyste de façade. Qui sérieusement est capable de dire si, en 2007, l’UMP a produit un programme pour son candidat devenu depuis on sait quoi ? A la différence des adhérents socialistes. On se souvient un peu qu’ils ont planché sur un programme, et un peu moins évidemment du contenu du texte. Enfin si, forcément, on se rappelle certains passages puisqu’on les savait copiés-collés dans les propositions de la candidate. Nous verrons quelles leçons il faudra bientôt tirer de ce changement de calendrier socialiste et si, surtout, cette transformation des usages sera de nature à amoindrir le fossé souvent observé entre les propositions officielles du parti et celles, tantôt officielles tantôt officieuses de son candidat. Les aveux incrédules d’après second tour font tout de même désordre. Sauf qu’avec nos institutions, le tri suprême opéré par les Français ne consiste pas tant à retenir le porte-parole d’une assemblée, fût-elle large, de militants qu’un homme ou qu’une femme qui… en a et assume. Le PS sous la cruelle Cinquième République, c’est comme Ravaillac sous le bon roi Henri IV. De combien de centimètres le corps socialiste va-t-il encore s’allonger avant le dernier instant de l’écartèlement ?
Yohann Abiven
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